Dimanche, 6 août 2017 – Ce jour là, j’invite Guy à faire du bateau sur le lac St-Louis. Guy, c’est l’ancien propriétaire de Bonita. Il vient avec Chantale, leur fille Maude, Amélie, la nièce de Chantale, et Danaé, le fils d’Amélie. C’est la première fois que je rencontre Danaé. Il a 13 ans. En partant je me rends compte de sa grande intelligence, et évidemment de sa curiosité et de sa capacité à communiquer. Pendant que tout le monde fait la sieste, on jase et je lui dis que le jeudi suivant, je vais descendre le St-Laurent avec Bonita. D’un coup, il me dit qu’il prend des cours de voile depuis 6 ans, qu’il est libre et qu’il veut embarquer! Sa mère me regarde d’un oeil…

Dans le stationnement, Amélie me dit qu’il n’est jamais parti plus que deux jours, donc ça se peut qu’il revienne par un autobus. «Il peut revenir quand et d’où il veut»que je lui répond. Et c’est comme ça, que le 9 août, on part pour le club de voile. On va y passer la nuit et on décolle à l’aube.

Avant de partir, Danaé a rencontré Geneviève et il l’a rassurée en lui disant qu’il s’occuperait de la cuisine et de l’épicerie. Puis en arrivant au Club, il a fait une longue vidéo explicative sur Bonita pour sa grand-mère. Parce que évidemment, il s’était approprié le téléphone Samsung, et comprenait déjà comment les Leica et la Canon fonctionnaient. De le voir s’approprier Bonita comme ça me faisait l’apprécier moi-même encore plus.

J’avoue que je n’avais aucune idée dans quelle aventure je m’embarquais. Mais il y avait quelque chose qui me disait que ça ne serait pas banal!

Dès la première écluse à Ste-Catherine, j’ai vu Danaé, le «relationniste» de Bonita à l’oeuvre. Sur le bateau duquel nous étions à l’épaule, il a rapidement raconté notre «histoire», où on allait, et qui on était. Durant tout le voyage, il sera mon ambassadeur!

Il y a deux choses qui n’ont jamais quitté Danaé durant tout le voyage: sa veste de flottaison et la radio VHF. Quand il était à l’intérieur ou à l’avant du bateau, il donnait du «Danaé au capitaine, Danaé au capitaine».

Les paquebots c’est gros, mais ce qui fascinait Danaé, ce sont les remorqueurs. D’autant plus qu’entre Montréal et Sorel, la vague du Intrepid a complètement passé par dessus le hublot de la pince, le royaume de Danaé. Qui s’est retrouvé complètement trempé…mais ce n’est que le début de cette histoire. Qui rappelle aussi que le hublot doit toujours être fermé en naviguant.

La première nuit de notre voyage, on va la passer à l’île Hervieux. Juste en façe de Lavaltrie et Contrecoeur.

«Le Zodiac! Penses-tu qu’on va pouvoir l’essayer demain?» «Il va à quelle vitesse?» Est-ce que je vais pouvoir le conduire? Ces mots là, je les ai déjà dit à mon père, Laurent me les a dit, et moi-même j’avais full hâte à demain.

Le lendemain, au réveil, il y avait un crachin et de la brume Avec les goélands et les cornes des paquebots, c’était magique! Le beau temps est revenu et le vent aussi. On a fait le trajet entre l’Île Hervieux et Sorel en moins de deux. Là, Geneviève et Susanne sont venues nous rejoindre pour le lunch.

On est chez Marcel et Philippe pour la nuit et on décolle pour Batiscan demain.


On part de chez Marcel et Philippe au petit matin. Durant la journée, on va traverser le lac St-Pierre. Il n’y a pas beaucoup de vent et en arrivant près du Pont Laviolette, je demande à Danaé s’il veut se faire tirer par le bateau. Parce qu’il fait chaud!

On va passer la nuit à la marina de Batiscan. C’est ici que Danaé me montre ses compétences de navigateur pour la première fois. Alors que je suis absolument certain de mon coup, c’est lui qui a raison sur l’embouchure de la rivière. Oh que je vais me le faire rappeler 🙂


Durant la traversée du lac St-Pierre, mon matelot en a profité pour faire sécher son sac de couchage et serviettes mouillés par l’Intrepid la veille. Puis on décide d’aller manger une pizza au camping de la marina. Pendant le souper, le tonnerre gronde, on se dit que ça va tomber. Puis son visage change… Il a laissé le hublot ouvert et l’orage s’engloutit dans son royaume une autre fois.
Après une journée magnifique, à voile, on fait Batiscan-Québec. Durant le voyage, j’ai fait découvrir des vieilles tounes à Danaé dont, «Si j’avais les ailes d’un ange, je partirais pour Québec»


On prend quelques jours pour se reposer et se promener dans le Vieux Port. On en profite aussi pour inviter Sandra, Louis-Martin et Maïté à se faire une petite sortie en face de Québec.


Jeudi, le 16 août 2017, on largue les amarres. Direction: Cap-à-l’Aigle.

C’est durant ce trajet que je verrai Danaé en mode contemplatif pour la première fois du voyage. Il a du passer au moins deux heures à l’avant du bateau. Ou en fait, peut-être qu’il était déjà à imaginer la chaise en cordages qu’il allait fabriquer pour le balcon avant!


Avant d’arriver à Cap-à-l’Aigle, on filait à 6 noeuds et on a décidé de tester la stabilité de l’engineering de Danaé. Il a monté la Canon sur son trépied et l’a arrimée à l’étai et aux filières. Déclenchement à retard plus tard, on se fait un selfie sans les bras allongés 🙂
Quatre ans plus tard, Danaé est venu passer un week-end sur Bonita. On s’est refait la même photo.

Départ pour Tadoussac le lendemain. Une autre belle journée. On passera devant la magnifique Île Rouge et la toupie.





On passe une journée à Tadoussac puis hop on met le cap sur l’Anse St-Jean!

Durant notre voyage, on a beaucoup parlé Danaé et moi. Puis on a fait des longs bouts sans qu’on se parle. Mais en regardant mes photos, je réalise qu’i y a beaucoup de mots dans ses regards. Des mercis aussi. Oh, de dire qu’il ne s’est pas ennuyé serait mentir. Je pense aussi qu’il a vécu des moments plus difficiles que d’autres. Passer 3 semaines avec un vieux capitaine sur une coquille de 30 pieds, c’est quand même un défi. Mais sa grande curiosité, sa fascination pour la navigation et son amour des gens nous ont permis de vivre des moments inoubliables.



Le 19 août, on quitte pour La Baie. Là, on va voir la tante de Danaé qui a un voilier.


Le lendemain, on a fait une sortie dans la magnifique Baie des Ha! Ha! sur le voilier de , la tante de Danaé. Le temps est superbe. Danaé a adoré La Baie parce que pour aller en ville il faut prendre le… Zodiac! Alors, on a fait du back and forth durant 4 jours 🙂

Durant notre escapade Luciole propose à Danaé d’aller en Gaspésie en voilier l’année d’après. Je suis surpris de le voir plus ou moins enthousiaste. Le soir au souper, je lui demande porurquoi il a pas l’air emballé. «Eux-autres, ils me laissent rien faire, toi tu me laisse tout faire. Naviguer, communiquer avec la radio, ajuster les voiles» . C’est ça que je veux faire sur le bateau.
Le lendemain, notre ingénieur nous a installé un support pour le iPad!


On est reparti de La Baie. Direction Anse St-Jean. Cette journée-là, on annonce une éclipse. Clair que ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd



On va souper à l’Anse St-Jean et on va aller s’ancrer à l’Anse-de-St-Étienne pour la nuit. On va se taper un orage et une pluie violente en route. J’ai été surpris de la réaction de Danaé. Il était plutôt excité de vivre ces conditions et il a été une vigie extraordinaire durant toute la traversée.




Retour vers Tadoussac. Accompagnés de rorquals




Parfois, j’avais l’impression que Danaé avait vieilli de 5 ans durant notre voyage.



Et on remonte vers Québec où Amélie viendra ramasser Danaé pour le retour à l’école.

Près des Éboulements, en route pour Québec, quelque chose d’étrange s’est produit. On aurait dit que mon matelot s’était transformé en lutin.

À Québec, quand Amélie est venue chercher Danaé, on a fait une sortie pour qu’il puisse lancer une bouteille à la mer. Et quelque chose de puissant s’est produit dans l’écluse du Bassin Louise. Il y avait beaucoup de bateaux et c’était serré. Danaé, comme toujours était prêt pour mettre les défenses et les amarres au bon endroit. Et voilà qu’un propriétaire de yacht lui donne des ordres. En moins de deux, l’éclusier, de sa tour, lui a lancé » Monsieur, il en connaît probablement plus que vous» . À toutes les fois qu’on a passé l’écluse, c’est Danaé qui communiquait avec les éclusiers. Ils l’ont vu aller au moins une dizaine de fois. J’avais les larmes aux yeux. Sa mère aussi.

Danaé et moi avons navigué du 10 au 27 août 2017. Je me considère privilégié d’avoir eu un compagnon aussi formidable tout au long de ce voyage.
Avant le départ, plusieurs personnes m’avaient mis en garde et avaient exprimé leurs inquiétudes : « Es-tu certain ? Il est jeune. Tu ne le connais pas vraiment. Il va peut-être s’ennuyer. »
Je suis tellement heureux d’avoir suivi mon instinct et d’avoir une fois de plus embarqué à bord de Bonita sur le fleuve Saint-Laurent.
Cette aventure avec Danaé a précédé celles que j’ai vécues avec Laurent et Lili quelques années plus tard. Elle fait partie de ces expériences qui comptent parmi les plus belles que la vie puisse offrir : partager un univers marin unique, presque magique, et vivre des émotions intenses avec les personnes qu’on aime à bord de notre chère Bonita.
Il y a quelques années, Lili m’a envoyé un passage du livre Les marins ne savent pas nager de Dominique Scali. Je l’ai tellement aimé que je l’ai mémorisé et décidé de l’utiliser pour terminer ce court journal de bord.
«Ils combattaient l’instabilité de l’existence par le refus de la terre ferme. Se cloîtraient à l’intérieur pour éviter l’ivresse des possibilités. Élisaient l’immensité du large pour fuir l’étroitesse du bercail. Chassaient le vide du retour par l’excitation de la partance. Le mal de vivre par le mal de mer. S’arrachaient à l’île bien-aimée comme on arrachaient une balle au fond d’une plaie. Ils savaient rebrousser la houle. Défaire leur chemin comme les mailles d’un tricot. Souffrir pour atteindre l’extase. Se priver pour trouver l’abondance. Il fallait les protéger contre eux-même, leur rappeler qu’ils ne trouveraient jamais cet endroit du monde qui fait dire «voila je suis arrivé au bout» puisque la Terre est ronde.»

Note : Ce voyage s’est déroulé en 2017. Il m’a fallu près de neuf ans avant d’en publier le récit. La véritable question n’est pas tant pourquoi j’ai attendu si longtemps, mais pourquoi je le fais aujourd’hui.
En revoyant ces photos dans mon ordinateur, je réalise à quel point elles demeurent silencieuses. Il me semble que les mots leur donnent enfin une voix. Ils leur permettent de révéler ce qu’elles portent en elles : les émotions, les moments vécus, la beauté de cette aventure.
Du moins, c’est ainsi que je les vois. Et j’espère que ceux et celles qui ont suivi notre voyage au Saguenay en 2017 y retrouveront eux aussi un peu de ce qu’elles ont à raconter.

Related posts
Catégories
- _rose (12)
- _si vous aviez une chance… (533)
- Aging (4)
- Apple Watch (5)
- AR and VR (2)
- Biais cognitifs (1)
- Blockchain (2)
- Cervical Cancer (1)
- Citations (5)
- Conceptis (2)
- Confidentialité (2)
- Covid-19 (1)
- Cybersecurity (1)
- Digiceuticals (2)
- Données (2)
- Environnement (15)
- Facebook (4)
- Genomics and pharmacogenomics (5)
- Google (2)
- Hasards (1)
- Intelligence artificielle (10)
- International (3)
- La rue (4)
- Lab (3)
- Le cactus (12)
- Leadership (1)
- Marketing et finances (1)
- Me niaises-tu? (43)
- Médecine personnalisée (1)
- Microbiome (3)
- Mobile Humanitarian (1)
- Mots (1)
- Oncology (3)
- OncoXchange (9)
- Pharma (2)
- Pharmacie 3.0 (5)
- Phénotype numérique (1)
- Pointe-Claire (15)
- Psilocybine (14)
- Psychédéliques (23)
- Réalité virtuelle (2)
- Réflexions (49)
- Réglementaire (4)
- Réseaux sociaux (4)
- Saguenay (5)
- Santé mentale (3)
- Santé numérique (8)
- Sensors (6)
- Téléphone intelligent (2)
- Télésanté (4)
- Tracing (2)
- Tracing Apps (2)
- Uncategorized (6)
- Vieillir chez soi (1)
- Vocal assistants (1)
- Wearables (4)
Stay connected