Lili et moi avons largué les amarres à 4h30 ce matin. Destination: Anse-St-Jean! Bonita nous amène une fois de plus dans notre magnifique fjord, au royaume de nos ancêtres. Gigi nous a rempli le frigo et la glacière de tout ce dont nous aurons besoin, sans oublier bien sûr la mythique sauce de Georges.

Nous sommes à l’écluse de Ste-Catherine, en attente de notre éclusage de 10h00.

« Les marins c’est marrant, même à terre c’est dans l’eau » Léo

Mercredi, 13 juillet 2022

« Regarde la ta quille, à la mer en allée la marée de tantôt te l’a toute enjupée » léo

Comme à toutes les fois qu’on passe devant chez Jean-Pierre Fournel, l’artiste du bois, il fait sonner la cloche de sa grange. Là où Bonita s’est fait refaire une beauté de 2009 à 2010.

1138 route Marie-Victorin, Verchères
Le ciel avait pris des champignons magiques!

Et, au lever, les îles de Sorel, rappelle un vague souvenir du Survenant, cette vieille émission marine. Avec Gilles Pelletier, le capitaine au long cours.

Aujourd’hui, le vent continue de souffler du sud-ouest. Ce qui devrait nous amener à Batiscan, et son long chenal sur la rivière du même nom.

Le soleil, le St-Laurent, jusqu’à Batiscan. Un village sur la rivière qui descend tout doucement vers le fleuve. Une marina dont Laurent et Maxime se rappelleront toute leur vie 🙂 Une baignade, un souper aux crevettes, gracieuseté de Lili qui a fait son premier accostage aujourd’hui. Pour finir, une rencontre délicieuse avec Marcel et Laurie, les propriétaires du voilier Mallorie. Des gens pleins de simplicité, pleins d’histoires à raconter sur leur navigation fluviale.

Demain, Québec, son vieux et son Bassin Louise.

Marcel et Laurie

Jeudi, le 14 juillet

Dans Le Devoir de ce matin, un article, sur les médecins et les montres intelligentes. Et le mal de tête qu’elles leur cause. Je leur prescrit de prendre une aspirine aux médecins… 🙂 mais je ne suis pas dans le bon sujet…

Nous sommes partis de Batiscan à 9h00. La pluie a joué toute la nuit sur Bonita, notre piano de mer.

Janine, nous sommes passés à Neuville mais tu n’y étais pas 🙂

Au loin, le pont Pierre-Laporte qu’on voit pendant une « escousse »*

*escousse c’est comme ça qu’on dit secousse au Saguenay. Et pour mes amis du vieux pays, ben oui au Québec on peut dire une secousse au lieu de, un bon moment.

Neuville

Et notre journée s’est terminée au Café du Monde, là où nous avons fait la connaissance de Johanne, notre serveuse, qui comme elle le dit voulait être serveuse quand elle avait dix ans. Qui en a fait une carrière, au grand dam de sa mère et pour notre plus grand plaisir.

Vendredi le 15 juillet

Au lever, le soleil a caressé nos serviettes étendues sur les filières. Au programme aujourd’hui, une réunion avec Saba et Justin, de Nurau, à la Croix-Rouge. Puis visite de bateau avec Sandra, mon ancienne collègue de Conceptis, Maité, et Louis-Martin. Pour finir, un souper avec Stéphane Lemire, le gériâtre social qui essaie d’être vieux mais n’y réussit pas.

Samedi, 15 juillet

Québec me ramène toujours à mes quinze ans, avec André, mon grand ami de Californie. Nos festivals de film d’horreur psychédéliques de nuit au Capitol, le spectacle de Robert Charlebois sur les Plaines d’Abraham, les antiquaires, et le Temporel. Un étui de violon comme valise et la maison de France à Charlebourg.

La journée a commencé avec Saba, COO de Nurau, une jeune entreprise de Montréal qui se spécialise dans le renforcement de la résilience mentale en entreprise. Une constellation de dendrites, une rencontre avec mon collègue Pascal, de la Croix-Rouge Canadienne, des rires et des idées pour un meilleur futur.

Puis, rencontre avec Bruno de Boulet Lemelin, une belle discussion sur les étudiants de l’attente.

JULIO, l’ami de Lili, est venu sur Bonita. Sa photo est imprégnée dans nos têtes. Son rire, sa douceur et son merveilleux accent sont un film tout doux et tendre.

Avec Saba

Une visite-éclair du magnifique voilier « Aux quatre vents » de Pierre Langevin avec Louis-Martin et Maïté.

Puis, Stéphane, le Boris Vian de la gériatrie, Marie-Lou et Mathieu de Braver, sont venus prendre l’apéro. On a revu le monde, La vieillesse de Simone de Beauvoir, le « On a sorti l’Bon Dieu des écoles » de Camil Samson , le « Si tu veux vivre vieux, y’a seulement deux choses: le rire et le sexe, pis comme on a pu rien de drôle à se dire, ben …et bien sûr la jarre à cynisme. Je vous aime!


Stéphane

Tout s’est terminé par un souper servi par Jean-Nicholas de Pintendre et Jérémie de Castel-Roussin. chez Il Matto.

Aujourd’hui, départ pour Berthier-sur-Mer, histoire de rendre le voyage vers Cap-à-L’Aigle de dimanche moins long.

La chanson du jour

Nous quittons Québec non sans au préalable avoir goûté à l’hospitalité de Sandra, Maïté et Louis-Martin dans leur demeure si spectaculaire de la rue des Remparts. Des êtres humains passionnés autant que charmants.

Louis-Martin , avec la verve qu’on lui connaît explique à Lili les détails de ses acquisitions antiques.
« Si j’avais les ailes d’un ange, je partirais pour Québec »
Nous avons Berthier-sur-Mer en vue

Arrêter à Berthier-sur-Mer, c’est faire la rencontre de France, la sœur de mon André, et ses grands amis d’elle et de Pierrot, Pauline et Alex. Pierrot, ce grand zen d’homme disparu bien trop vite.

Alex, Pauline et France

Demain, cap sur Cap-à l’Aigle, le refuge marin avant d’atteindre Tadoussac. En langue innue, Totouskak signifie « seins », en référence aux collines rondes qui se trouvent près du village. 

Dimanche, le 17 juillet

Devant l’île Madame, assis sur un banc, la musique du vent du sud-ouest est ponctuée du chant des corneilles et des autres oiseaux chanteurs qui vivent à Berthier-sur-Mer. Les corneilles disent qu’ils attendent un certain Roberge, censé passer par là quelque part au mois d’août. Il est 5h30 et Lili dort encore.

La marée sera haute à 9h00 et nous partirons juste avant l’étale. C’est notre sixième journée à bord de Bonita et bien que je ne boive pas d’alcool, je suis ivre de bonheur. De vivre cette belle aventure avec Lili est un privilège exceptionnel.

Lorsque je rencontre des gens pour la première fois, je leur pose la question: « Si je te donnais la possibilité de changer une chose dans ta vie, ça serait quoi? » Moi, c’est clair, je ne changerais rien…

“Regarde la ta voile, elle a les seins gonflés, la marée de tantôt te l’a déshabillée” Léo Ferré, Les étrangers
On vient de passer l’Île-aux-Coudres

La chanson du jour

On est à une heure de Cap-à-l’Aigle. Comme le disait le Barthélémy de Fred, « le fond de l’air est frais ». On s’est baigné au jusant et on a remarqué ce petit goût salé dans l’eau du fleuve chahutée par la Lune. L’heure est à la tuque!

En arrivant à Cap-à-l’Aigle. C’est souvent en arrière que c’est beau! Avec le comité d’accueil!

Lundi, le 18 juillet

Marée à Pointe-au-Père

Heure EDTNiveaux (m)Niveaux (pi)
06:224.213.8
12:540.61.9
18:563.611.7

Le livre “En suivant le St-Laurent” donne les indications suivantes pour le trajet Cap-à l’Aigle – Tadoussac:

“Contraintes de départ: 4 heures après la pleine mer à Pointe-au-Père
Contraintes d’arrivée: Arrivez au phare du Haut-Fond Prince précisément 2 heures après la basse mer à Pointe-au-Père .
Distance: 38 milles nautiques.

Lili est à la douche. Nous déjeunons et nous mettons les voiles.

La chanson du jour

Je reste toujours estomaqué la première fois dans le voyage lorsque nous apercevons notre premier béluga. Ces mammifères marins tout de blanc font pleurer les marins tellement ils sont beaux. Leur seule arme est leur beauté. Et ce serait cool que les humains soient sans défense devant elle.

Pan! Pan! Dix minutes après avoir quitté Cap-à-l’Aigle et une minute après avoir vu notre premier béluga, Lili et moi entendons « crac ». On découvre que l’arbre d’hélice vient de casser au niveau du joint avec le moteur. La bonne nouvelle c’est que l’arbre d’hélice est toujours là. Sinon ça peut te couler un ⛵️en moins de deux. On appelle la garde côtière pour signaler notre problème, on s’assure qu’il n’y a pas de voie d’eau et nous prenons la décision de poursuivre notre route jusqu’à Tadoussac, avec un vent soutenu de 10-20 noeuds du sud-ouest.

À notre arrivée à Tadoussac, Inchallah, nous rentrerons à voile et nous ancrerons Bonita dans la baie en la remorquant avec le Zodiac, son grand compagnon de voyage.

L’Île aux fraises
St-Siméon

Une traversée somme toute paisible. Avec une coéquipière formidable, qui a gardé son calme malgré l’avarie.

En arrivant près de Tadoussac, avec la marée montante et le vent, on filait à vive allure. Voir la toupie du Haut-Fond Prince derrière nous est toujours rassurant!

La tour de 25,3 m de haut a été construite en 1964 sur un haut-fond, qui est considéré comme l’un des plus dangereux du fleuve Saint-Laurent. 

Juste un peu après la toupie, nous traversons le clapot de l’embouchure du Saguenay. C’est comme si les baleines faisaient bouillir de l’eau pour le souper.

Puis après un appel sur le 16 pour prévenir la Garde Côtière, nous apercevons le bateau de sauvetage. C’est la deuxième fois depuis que Bonita fait partie de la famille que je suis remorqué par les femmes et hommes en rouge. La courtoisie de ces gens est tellement réconfortante!

C’est donc là que nous faisons la connaissance de Christian Dupuis, Michael Otis, Patrice Bélanger et Stéphane Fortin. Merci! Merci!

Le comité d’accueil de Tadoussac est composé de Juliette de la marina, François et Marie, Aline et Guy du magnifique voilier Sacrebleu, et de Miou Miou! Miou Miou a douze ans et c’est son premier voyage. Bravo Miou Miou!



Mardi le 19 juillet

Assis sur une roche au bout de l’îlet, je respire l’air du matin, et j’écoute le Saint-Laurent. Je me sens comme les gens du dôme de Jean Leloup qui ont « tout espéré et qui parlent lentement ».

La chanson du jour

Après avoir consulté Guy, l’ancien proprio de Bonita, et Bruno, mon idole de mer, et l’architecte de notre « échelle de banc » et de nos tables, il est décidé de partir vers Rimouski demain avec la flottille dont Sacrebleu fait partie. François, le capitaine de Sacrebleu travaille au chantier maritime de l’Île -aux-Coudres, imaginez! Ils vont nous trouver un autre arbre d’hélice que nous remplacerons à Rimouski.

Ce matin, Benjamin, le photographe de la flottille, faisait de la planche à pagaie dans la baie.

Comble de bonheur, aujourd’hui, la flottille fait des exercices à voile et Aline, du Sacrebleu, va venir sur Bonita pour qu’on y participe. Au programme, accostage à la voile, manœuvre d’homme à la mer et course en huit. C’est pratiquement comme si Bonita avait voulu qu’on ait pas de moteur aujourd’hui ⛵️.

Aline! Elle me dit qu’elle passe son temps à faire de la voile du ski et du vélo. Rien de moins! Aline, c’était le nom de ma mère, qui m’en serait pas revenu de voir son fils et sa petite fille vivre cette aventure.

À la marina, Lydia et Suzie. Quand je leur ai posé la question à savoir quelle chose elle changerait dans leurs vies si elles en avaient la possibilité, Lydia, originaire de Tadoussac, a répondu: «Au lieu d’aller au C.E.G.E.P. à 17 ans, j’aurais pris une année sabbatique.Suzie, elle, a choisi d’y penser!

Mise à jour: finalement Suzie ne changerait rien😉.

Lydia et Suzie

Rencontre avec Sara, Khadra, et Malika. De France et du Maroc. Rencontrées à la marina de Tadoussac. Elles cherchaient à savoir si elles pouvaient monter à bord d’un voilier. Pas de chance, Bonita est en cure fermée. Sara et Malika sont de France et Khadra du Maroc. Khadra veut dire la couleur verte, celle des bonnes choses.

La marina de Rimouski nous attend demain et nous sortons le bateau de l’eau avec leur cavalier. J’ai parlé au magicien du métal, aussi appelé machiniste, M Jean, de St-Fabien et François s’affaire à trouver le matériel. Le mécano, c’est Tommy, peut-être.

Donc départ vers Rimouski demain matin avec la voile comme moteur.

Dernier regard avant le départ de demain.

Mercredi, le 20 juillet

L’Île Rouge située en face de l’Île Verte porte bien son nom. Au cours du 19e siècle, elle a acquis la réputation d’être un cimetière autant pour les humains que pour les bateaux. Ce territoire insulaire de 200 mètres au plus large et 500 mètres au plus long est rempli d’histoire.

Assis sur une roche à la pointe de l’îlet, l’Île Rouge apparaît bien inoffensive. Et pourtant, quand on la contourne en bateau, on dirait toujours qu’elle bouge tellement on a l’impression que la perspective ne change jamais. « C’est comme un film d’horreur » a dit Lili lundi quand on est passé à côté.

Sur la roche, il y a aussi Mélissa, de Lévis, et qui fait partie de la flottille. À ma question, elle a répondu qu’elle ne changerait rien!

Si un lieu était un médicament, Tadoussac serait sans doute le plus puissant modulateur de la sérotonine géographique. Son brouillard, ses goélands, ses bélugas et autres baleines, ses étrangers qui ne le sont plus. Et le fameux Gibard, ce bar-resto, dans sa construction rose, rappelle la chanson de Ferré: « Y’a toujours un marin qui rallume son voilier et les lignes de ta main ça s’lit au fond de la mer »

Hier, avant d’aller au lit, Lili et moi avons vu des rorquals dans la baie. Avec leur souffle c’est comme si ils venaient nous souhaiter bon voyage pour aujourd’hui.

Le mycelium

Ce matin, j’ai reçu un courriel de Loop Living Cocoon, cette entreprise néerlandaise, qui fabrique des cercueils en champignon. Voici ce que ça disait:

« Cher futur arbre,

Maintenant que les vacances approchent, nous pensons qu’il serait amusant de mieux vous présenter le plus grand recycleur de la nature. Qu’est-ce que le mycélium exactement ?

Le mycélium est le réseau fongique souterrain des champignons. C’est à côté des plantes, des animaux, des organismes unicellulaires et des algues le cinquième règne qui vit sur terre. Il existe de nombreuses espèces de mycélium sur Terre, chacune avec ses propres caractéristiques uniques. Aujourd’hui, il existe 100 000 espèces connues, ce qui est estimé à seulement 5% du nombre total d’espèces. Netflix a un merveilleux documentaire intitulé « Fantastic Fungi » qui vous donnera un aperçu de ce monde magique sous nos pieds.

Alors pourquoi le mycélium est-il si intéressant à travailler ? Le mycélium est connu comme
le plus grand recycleur et c’est la force motrice du cycle de fin de vie de la terre en raison de sa capacité à recycler la matière organique et les toxines en nutriments clés pour que les nouveaux semis s’épanouissent. Et si nous pouvions rejoindre le cycle de fin de vie de la nature ?

Le Loop Living Cocoon a été développé dans un laboratoire de l’Université de technologie de Delft. La recherche scientifique a toujours été au cœur de notre entreprise et en menant continuellement de nouvelles recherches, nous continuons à élargir nos connaissances sur cet organisme fantastique. En collaboration avec des professeurs de l’Université de technologie de Delft, un document scientifique d’une page a été rédigé et peut être téléchargé ci-dessous. Au nom de toute notre équipe, nous vous souhaitons une agréable lecture et un bel été. »

Moi, je veux devenir un arbre quand je ferai le grand voyage! 🍄🍄🍄

La chanson du jour

Départ à voile à 8h15 de Tadoussac. Accompagné par la flottille du Rally Croisière 2022

Crédit photo: Marie de Sacrebleu.

Je viens de reçevoir un appel de Mathieu, de Multi-Soudure. On a notre arbre d’hélice! Grade marin 316! Mon père, Germain, était soudeur! C’est à croire qu’il veille au grain!

Sacrebleu, toute voile dehors.
À 20 noeuds, il vente en « étole »!

Arrivés à Rimouski, juste à temps pour croquer l’île Saint-Barnabé en pyjama pour la nuit. Nous sommes entrés au port en mettant le Zodiac à l’épaule de Bonita pour nous propulser jusqu’au quai B3. Puis, un mouchoir de génois nous a amené tout doucement jusqu’aux taquets. Lili était à la barre et le tout s’est déroulé avec grâce.

Jeudi le 21 juillet

C’est avec le chant des mouettes que je me suis réveillé. Le Soleil avait déjà commencé sa journée. Je me suis assis devant les bateaux encore endormis et je me suis mis à réfléchir à la beauté du monde, de celui que nous connaissons, à la chanson de Luc. “Chaque fleur et chaque arbre que l’on tue revient nous tuer à son tour”. Et à Allan Watts et son petit vidéo taoïste sur la voile.

La chanson du jour

Durant le voyage, j’ai commencé à lire Le piano de June que Geneviève a écrit. C’est tellement beau! Et je suis ému aux larmes à chaque page. Pour vrai.


Aujourd’hui, dans StatNews, j’ai lu que des chercheurs avaient identifiés ce qu’ils pensent être l’hormone qui permet au cerveau de se rappeler des bons souvenirs. L’absence de cette hormone pourrait jouer un rôle dans le traitement de l’anxiété. Les travaux ont été faits chez la souris. Aujourd’hui, je suis une souris gonflée de neurotensine 🐹!

Sorti de l’eau par Jérémie et Julien de la marina de Rimouski.

En 2009, comme je le disais mardi, Bonita à passé 10 mois dans l’atelier de mon ami Jean-Pierre Fournel à Verchères. Pour le transporter, j’avais fait affaire avec Sumo Transport. Alors, surprise! En arrivant à Rimouski, je découvre que la personne qui nous a aidé à accoster est Dominique Rougès, l’ancien propriétaire de Sumo.

En plus d’être d’une personne extrêmement gentille, Dominique nous a refilé le no. de tél. de Gabriel Jean, le mécano qui vient au bateau à 13h00. Mais il me prévient qu’il est très très en demande!

Une marina, c’est bien sûr un endroit où on s’abrite par temps de tempête, où on fait une halte pour se reposer ou visiter les lieux mais ce sont surtout les gens qui y travaillent qui rendent l’expérience hors du commun. À Rimouski, c’est Nathalie qui a été notre premier contact. Au téléphone, hier, elle nous a trouvé notre machiniste et aujourd’hui quand j’ai appelé le mécanicien, elle a crié dans le bureau “M. Jean, c’est Nathalie à la marina. On a besoin de votre aide!”

Je suis d’accord avec Frank. Élisons Nathalie comme Premier Ministre de la planète!

M. Jean a retiré l’arbre d’hélice et la nouvelle pièce sera prête demain. Avec un peu de chance, et Dieu sait qu’on en a eu jusqu’ici, on remet Bonita à l’eau demain avant la basse mer.

À terre, notre voisin c’est Frank qui répare son voilier et qui me dit, avant d’aller au lit, qu’il a de la chance que nous ayons eu cette avarie. Sinon, il n’aurait pas pu voir cette merveille de Bonita. Je t’aime Frank.

Frank

« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. »

Bossuet

Vendredi, le 22 juillet

À terre

06h00 du matin. J’ai déjà rencontré deux humains promenant leur chien. Le ciel est couvert mais le temps est doux. Hier, nous avons eu droit à trois saisons durant la même journée et Nathalie me rappelait comment la météo à Rimouski peut être changeante.

Nous nous sommes remmémorés la date fatidique du 9 septembre 2010. Ce jour là, j’étais à Rimouski pour y suivre mon cours de navigation « Courants et marées ». Il y avait une quinzaine de bateaux, dont le Tiguidou de mon ami Bruno, qui ne pouvaient quitter le port depuis cinq jours à cause des vents du nord -est qui soufflaient l’enfer. Durant la nuit, les gens de la marina étaient à genoux sur les quais pour renforcer les défenses des bateaux et des quais ont été arrachés. Les vagues passaient par dessus la jetée. Cette nuit là, Nathalie a quitté la marina à 03h00 du matin. Tout le monde ici se rappelle du 9 septembre 2010.

Notre capitaine, Jean-Pierre du Distinguo était à Tadoussac et tout le monde doutait qu’il viendrait nous chercher tellement la mer était agitée. C’était sans compter sur l’expérience de ce grand marin à la grande barbe. Un grand raconteur et un cuisinier remarquable, nous avons passé cinq jours mémorables avec Guylain Noël, notre instructeur de Formation Nautique à Lévis. Jean-Pierre est parti pour le grand voyage mais en voyant le Distinguo au port à notre arrivée à Rimouski, j’ai cru l’entendre me crier « Un peu plus à bâbord » durant les manœuvres de vent arrière.

Le Distinguo

Pendant que j’écris, le vent à monté et changé de bord et l’air a perdu dix degrés. J’entends les bateaux qui se parlent en utilisant le vent dans leur mât. Je me rappelle nos aventures d’il y a trois ans lorsque Laurent, Maxime et moi, remontions le fleuve devant St-Siméon. Laurent, mon fils, porte le nom de cette majesté de fleuve qu’il connaît bien maintenant. Quelques mois plus tard, Maxime immortalisera cette journée en publiant son excellent texte dans la revue Beside.

« We are here by luck, not by right or by necessity. » Thomas Nagel

Durant la réparation, nous avons eu la visite de Claude Villeneuve, un homme humble et gentil, qui est un des découvreurs de l’épave de l’Empress of Ireland. Gabriel Jean, notre mécano, a travaillé pour lui quand il avait 14 ans sur le navire des plongeurs. (Il m’a dit qu’il avait menti sur son âge pour pouvoir faire partie de l’expédition 🙂

Claude avec Frank

Nous avons l’arbre d’hélice! M. Laurent Jean a accepté de retarder ses ouvrages pour machiner notre pièce.

Laurent Jean

Durant notre voyage, nous avons croisé plusieurs permutations d’équipage. Des amoureux, des amis, des solitaires, mais c’est la première fois que nous rencontrons un autre duo père-fille. Comme Lili et moi, Claude et sa fille Annick, sont compagnons de voyage sur leur voilier. Nous nous sommes racontés nos histoires de marin et Annick nous a expliqué sa catégorisation des noms de bateaux. Elle les divise en: Noms d’éléments, prénoms, jeux de mots et état d’esprit du ou de la propriétaire. Une autre rencontre délicieuse!

Avec Annick et Claude.
Crédit photo: Marie-France

Au bar de la marina de Rimouski, Marie-France me rappelle encore une fois les mots de Léo: «  y’a un marin qui t’file une bonne crêpe en ciment, tellement il y a fourré une tonne de sentiment »

Marie-France

En marchant vers le bateau à la fin d’une journée bien remplie, nous avons été surpris par Gabriel, notre mécanicien, qui faisait un tour avec son épouse, Pierrette. Gabriel a fait le tour du monde avec la marine marchande. Les moteurs, il connaît ça. À tout bout de champ, il nous parle en espagnol et il nous sort des expressions qui nous font tordre de rire. En défaisant une pièce, il nous a dit: « c’est comme essayer d’enlever des poux dans le nombril d’une sœur avec des gants de boxe ». Il lance des señorita à Lili quand il a besoin d’un outil ❤️.

Gabriel revient demain à 6h05 pour finir le travail!

La chanson du jour

Samedi, le 23 juillet

Tél que promis, Gabriel est arrivé à 6h00 ce matin. Nous avons aligné le moteur, remonter le PSS et nous nous sommes quittés.

Jérémie et Michel ont préparé Bonita pour sa remise à l’eau. Après que nous ayons pu vérifié que tout est beau, nous faisons le plein de diesel, nous vidons le réservoir septique et nous reprenons la route vers Tadoussac pour y rejoindre Malika.


Sur le quai, j’ai rencontré Lise et sa fille Nathalie. Nathalie est sage-femme, elle accueille la vie. Alors nous avons parlé de la non-délégation des actes, des guéguerres de pouvoir et d’argent qui minent le système.

Nathalie et Lise

« A bad system will beat a good person every time” W. Edwards Deming

Nous sommes partis!


Le trajet entre Rimouski et Tadoussac a été ponctué d’orages et des vents qui les accompagnent. À un moment donné, le génois s’est mal enroulé et j’ai dû aller à la proue pour démêler ses écoutes. Rock and Roll dans une mer avec des vagues de deux mètres. C’est le moment du voyage où Lili est devenue très sérieuse!

Une fois les orages passés, nous avons eu droit à des ciels magnifiques. 

Clin d’œil pour Laure: « Oui, les arc-en-ciel forment un demi-cercle »

Durant la traversée, nous avons reçu un message de Frank: « Je suis un peu anxieux 😟 Dis moi Roger? L’orage? Tu l’as passé au sud? Sa a dû secoué pas mal. Tiens moi au courant … ❤️ « 

Puis, aujourd’hui, nous avons reçu ce message de Marie, du Sacrebleu: « François et moi souhaitons seulement nous assurer que vous êtes arrivés à bon port hier, car dans notre traversée vers Baie-Comeau nous avons frappé plusieurs grains, du gros temps et de la vague de plus de 2 m. Donc, bien arrivés à Tadoussac Lili et toi? ».

En mer, on est jamais seul!

Dimanche, le 25 juillet

Après les grains, la brume et les vagues, nous nous réveillons à Tadoussac. La journée sera ponctuée de rencontres, du dîner à l’incontournable « Le Connaisseur », la mythique roulotte à patate frite, et la préparation pour notre dernier segment jusqu’à l’Anse Saint-Jean.

Avec Malika et son t-shirt attrape-baleine.

Tout à côté de la microbrasserie de Tadoussac, s’y trouve une boutique pleine de belles choses. C’est là que nous avons rencontré Vanessa. Tadoussacienne depuis quinze ans, Lili, Vanessa et moi partageons la même passion pour tout ce ui pousse dans la terre. Elle nous a dit qu’elle réfléchissait à la question sur quoi changer et qu’elle donnerait sa réponse à notre remontée du St-Laurent.

En allant stationner la voiture de Malika, nous faisons la rencontre de Alex et son chien Billy.

Puis, dernière rencontre de la journée avant le départ. Avec Gabrielle, qui, à la question sur quoi changer, nous dit qu’elle améliorerait le transport en commun. Chouette!

Gabrielle, future psychoéducatrice.
Salut Tadou!

Quand Maxime a vu le fjord du Saguenay en 2019, il nous a dit à Laurent et moi: « Si le paradis a une porte, c’est à ça que ça ressemble! »

Il y a trois ans, je faisais ce voyage avec Laurent. Maintenant, Lili partage ce beau bout de vie avec son grand frère. Tout comme lui, elle est une équipière extraordinaire.

Bravo Lilou! ❤️

La première partie de Saguenay 2022 se termine ici. À la remontée, je serai avec Marc et Pierre. Ce sera savoureux!. Je vous laisse sur les mots de Robidou.

Marc Roberge (Robidou)

« Je suis tellement plus riche que le plus riche des riches depuis que je ramasse les miettes d’humanité perdue qui tombent autour du capitaine Roger. Un être humain parmi les humains! Moi, en corneille jaune, je picore les miettes et je fais très attention à lui en laisser tomber certaines sur ses épaules ni trop frêles ni trop musclées… Parce que quand le soleil se lève et se couche, souvent, le capitaine ramasse les miettes sur ses épaules et les lance dans les airs pour voir d’où vient le vent. Et alors, phénomène étrange, les miettes s’accrochent au temps qui passent et s’agglomèrent pour former des notes de musique dans une portée imaginaire… Le capitaine sourit face au vent et on entend la musique dans sa tête… c’est beau en baptême! »

Fin de la première partie de Saguenay 2022!