Fin du chapitre de Pointe-Claire – M Raymond

M Raymond. (Et ici il y a un long silence)


Jusqu’ici, j’ai expliqué comment certaines personnes m’avaient particulièrement touché. Dans le cas de M Raymond ce sentiment était tellement réciproque.


Tellement d’élégance et de fierté, il était toujours chic avec ses belles casquettes, ses gants et ses souliers cirés. Il venait à la pharmacie après avoir appelé pour faire préparer ses ordonnances et s’assurer que M Simard avait bien expliqué au personnel toutes les nuances par rapport à ses médicaments et à la facturation de sa commande.


Un jour, M Raymond vient me voir avec une « demande spéciale » qu’il me dit. La date de son 50ième anniversaire de mariage approchait (son épouse était décédée il y a plusieurs années) et il avait besoin d’acheter un billet d’avion sur Internet. Il y avait un spécial dont il voulait profiter chez Westjet mais il n’avait pas accès au web. Je lui ai donc acheté un billet Montréal-Boston. Le lendemain il est revenu à la pharmacie les yeux pleins d’eau pour me dire que parce que j’avais acheté le billet avant l’heure limite, il avait épargné $150.00.

Son plan était donc d’aller à Hampton Beach dans le New Hampshire et louer une chambre dans l’hôtel même où lui et son épouse, Mary, était allés 50 ans plus tôt. Parce que je lui avais épargné des sous, il a insisté pour que je lui dise ce qui me ferait le plus plaisir d’avoir si j’allais à Boston. Je ne voulais rien mais il a tellement insisté que je lui ai dit que ça serait cool d’avoir une casquette du Boston Yacht club pour mes sorties sur Bonita.


J’avais un peu oublié cette histoire, quand un jour je reçois un appel du Boston Yacht Club. La dame au téléphone me dit qu’il y a un « Mister Rémon » qui veut me parler. Et mon monsieur Raymond prend l’acoustique pour me demander mon « numéro » d »Internet (email).


À son retour, il est venu à la pharmacie avec les deux mains dans le dos en me regardant avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles. « J’ai quelque chose pour vous ». C’est comme ça que j’ai reçu ma casquette blanche du BYC.


Ce voyage avait été épuisant pour lui et quelques semaines plus tard, il m’a téléphoné pour me dire que ça n’allait vraiment pas mais qu’il ne voulait pas aller voir le médecin. En le questionnant, il a fini par me dire qu’il étouffait quand il était couché. Mais il ne voulait pas prendre de taxi. J’ai appelé Jean Gilles Bissonnette, notre livreur, qui est allé chez lui pour l’amener à l’hôpital.


Ils l’ont remis sur pied et il continue à vouloir atteindre son objectif de longévité!
La photo a été prise lors d’une de ses premières sortie du printemps au Victor Rose.


Encore merci M Raymond!